Menu

Aiguille de la Vanoise : Traversée des arêtes

Compte rendu sorties

Aiguille de la Vanoise : Traversée des arêtes

Sur le fil, détendus.

Tout commence par une journée dont seul octobre sait les faire, un jour d’automne avec une lumière cuivrée qui embrase tout ce qu’elle touche, transformant en torches les arbres qui tournent à l’ocre au gré de la montée à Pralognan; il y a aussi ce léger saupoudrage des sommets, qui finit de nous convaincre que la Nature entière conspire pour nous attirer ici et nous offrir un spectacle inoubliable avant sa mise en bâche hivernale. A l’arrivée au parking, notre regard est immédiatement aimanté par cet aileron acéré qui flotte au-dessus des Barmettes ; on l’avait déjà à l’œil via la webcam, mais ici, plus de doute, c’est bien l’Aiguille de la Vanoise herself qui nous accueille. Pleinement libérés des angoisses météo –le temps est bon, le ciel est bleu, on se laisse aspirer par le paysage en direction du col éponyme, pour en prendre plein les mirettes au gué du lac des Vaches et se retrouve déjà au pied des grands couloirs de sa majesté Grande Casse. Jusqu’au refuge de la Vanoise, il n’y a qu’un pas que l’on franchit prestement, pressentant que nous ne serons pas les seuls sensibles aux attraits de la Nature ce weekend...Il reste plein de temps pour les travaux pratiques, mais aussi pour commencer à mentaliser l’approche et le début du cheminement, nos quatre paires d’yeux scrutateurs et d’hémisphères raisonneuses rivées sur la face sud de la cible luisant au soleil déclinant. Le soir le refuge est plein comme un œuf, il faut un peu jouer des coudes au dîner, mais la convivialité ambiante et la qualité du bâtiment rend l’expérience globalement très agréable.

En synchronisme avec le soleil qui surgit des pointes de la Pierre Brune, on atteint les trois bâtons marquant l’entrée de la voie selon notre plan savamment mijoté (sans forcer, en mode coolitude, le timing a été nominal tout au long de la sortie !), frais, échauffés et avides d’en découdre avec l’Aiguille. On s’équipe, on se donne les dernières consignes, on se lance. Très vite, le gaz est là et s’accentue après quelques pas en passant sur la face nord ; on perd au passage une dizaine de degrés, mais on gagne un stimulant indéniable. La roche est bonne, un brin abrasive (ce dont la pulpe des doigts se souvient au moment de taper ces lignes) et malgré le lustre de certains passages, ce beau calcaire aux nombreuses nuances, de grès à quasi-schiste, est un compagnon de jeu étonnamment sûr et plaisant. En retrouvant le soleil, on déroule tranquillement dans ce foisonnement de becs, pinces, fissures en tous genres, joie de l’AD- : il y a toujours une solution pas compliquée à portée de main, donc moins d’engagement, mais plus de disponibilité pour le paysage ! Parce que reconnaissons-le, c’est bien ça que l’on est venu chercher dans les airs, perchés sur le fil rugueux et détendu de cette crête de coq effilée. Et ça déboite…mais pour ça, voir les photos ; mieux, y aller ! Viennent un ou deux pas un peu exposés pour cause de spit lointain à l’horizontale et peu d’options pour poser un point en chemin ; on se concentre un peu, on se faufile dans un bout de cheminée en dévers, et ça ouvre la dernière grimpette avant le sommet E. On est dans le tempo (je vous l’avais dit), on poursuit.

Quelques pas sur gazon avant d’entrer dans l’univers de l’aile ouest, un sanctuaire de dalles lisses et pentues à l’esthétique dépouillée. L’ambiance est radicalement différente, plus aérienne encore, avec un gaz multiplié par deux lorsque l’on empoigne ou l’on chevauche le fil désormais tendu de l’arête. Justement, on entre en matière en perdant le fil -les choucas omniprésents en ricanent encore, sans pour autant perdre au change, avec quelques pas bien sympas à flanc de dalle -pas stressants, il y a toujours une réglette qui va bien, et en prime une lunule géante sur un magnifique pont de pierre. On revient bien vite sur la voie faîtière pour ne plus la quitter, en progression horizontale jusqu’au sommet O. Pique-nique sur la pelouse sommitale, ambiance banquet fin de bambée…grave erreur ! Au bout de la pelouse, ça plonge raidement et on comprend bien vite que l’on n’a pas encore le c_l sorti des ronces. En voyant le bon côté des choses, on peut dire que nous avons eu la possibilité de réviser en profondeur toutes nos techniques de désescalade…Ce plaisir dure un peu, jusqu’à ce que le passage de la Chasse d’eau nous libère enfin, vers un dernier rappel, court et salvateur, une sorte de pied de nez à cette séquence fastidieuse de montée inversée.

Puis vient la descente paisible, dans la douceur de cette lumière déclinante et de ce sentiment du devoir accompli, le devoir hédoniste de se faire plaisir avec nos corps et nos sens dans cette Nature sublime.

La bise des deux cordées.

Cliquez ici pour voir et publier les commentaires — réservés aux adhérents connectés.

Partager :Facebook
← Retour aux actualités du club

Autres actualités

Venez préparer vos vacances à la bibliothèque

La permanence sera ouverte jeudi 30 juillet 2026. Vous pourrez consulter ou emprunter des cartes, topos ou livres pour l…

LA POINTE DE SERRE 2912 m

21 et 22 aouje vous propose de faire un tour dans le Massif des Ecrins dans les Hautes Alpes, près d'Embrun. L'objectif…

Validation de vos compétences en randonnée montagne : obtenez le Niveau Initié !

Bonjour à toutes et à tous, Selon les recommandations de la FFCAM, le CAF G.I met en place une validation de compétences…

Mot de passe perdu ?

Pas encore de compte CAFGI ?

Pour créer un compte CAFGI et bénéficier des services de notre site internet vous devez au préalable avoir votre numéro de licence FFCAM en cours de validité.

Etape 1 : Licence FFCAMEtape 2 : Mon compte CAFGI

Mot de passe perdu

Pour recevoir votre mot de passe par email, veuillez renseigner les informations suivantes.