Sans doute les organisateurs de cette sortie mémorable avaient-ils trop lu Jules Verne !
Alors, l’Islande étant un peu trop loin, surtout au prix des cars à l’heure actuelle, on s’était limités au plateau du Margeriaz.
Bien sûr diront certains, on connait , on y a déjà été, etc….mais connaissent-ils vraiment le Margeriaz et ses merveilles ?
Oh bien sûr ils auront vu et parcouru les magnifiques crêtes qui bordent le plateau, bien sûr ils auront peut-être vu l’arche qui borde les crêtes même si ce n’est pas certain tant sont nombreux ceux qui passent à côté sans la voir, pressés sans doute d’atteindre le sommet du Margeriaz et les somptueux poteaux de téleskis qui lui donnent ce charme indiscutable.
Mais nous, soit sagesse, soit paresse, on a préféré renoncer à cet objectif incontournable pour nous offrir un pique-nique de rêve sur les tables et les bancs installés près du sommet au bord de la crête. Et c’est tellement beau que vous en oubliez le goût de votre merveilleux sandwich échappé des rayons de votre supermarché favori !
Mais c’est après que tout a vraiment commencé. Quand on est descendus et que l’on s’est retrouvés au bord de la Tanne du Névé cet énorme gouffre profond de 15 mètres. Là, les sourires se sont figés et le silence a vite remplacé les conversations qui animaient le groupe.
"C’est la-dedans qu’on descend ?", "Non j’y crois pas ! ", "T’as vu la profondeur ?"
Alors on a expliqué que, eh bien non, on ne descend pas par là, qu'il y a un autre trou un peu plus loin où l'on peut descendre et qu'après 200 m dans les ténèbres, des montées et des descentes, des échelles vertigineuses (par chance on ne voit rien ), des boyaux tortueux et glissants on retrouvera peut-être la lumière en arrivant au fonds de ce puits.
Rassurée sans doute par des informations aussi réconfortantes une première escouade de téméraires sort les frontales et s’enfonce courageusement dans les entrailles de la terre précédée par un encadrant un peu inquiet. Le silence est pesant….
L’encadrant avance sans trop savoir ce qui se passe derrière. Alors à tout hasard il prodigue quelques recommandations "Attention il y a une échelle", "après la grosse pierre que vous verrez c’est très étroit mais en forçant un peu ça passe", "on n’est plus très loin "….Si ça ne rassure pas les participants, ça le rassure peut-être lui.
On se tortille, on se baisse, on se cogne un peu, les pantalons souffrent beaucoup mais d’un seul coup la délivrance apparait. On est au fond du puits et là-haut le ciel bleu apparait. Apparaissent aussi les visages de ceux qui ont refusé de descendre attendant au bord du gouffre de savoir s’ils reverront un jour les inconscients qui s’y sont risqués.
Bien sûr les photos et les encouragements fusent. Depuis le haut surtout car en bas c’est un peu moins bruyant.et on comprend bien pourquoi une fois expliqué que, bien sûr, il va falloir rentrer par le même chemin. Mais quand même le moral remonte un peu. Au moins on sait qu'il y a une sortie...
Mais que dire du retour ? Si l’on dit que les chevaux sentent l’écurie, là je crois que, comme pour les papillons, seule la hâte de retrouver la lumière explique que l’on a mis moitié de temps pour sortir.
L’un après l’autre les groupes se succèdent et s’enfoncent à nouveau sous terre tout croisement étant impossible à l’intérieur vu l’étroitesse de certains passages.
:"….douze, treize, quatorze….". "T’es sûr qu’il n’y a plus personne au fond ?"
Un par un tous ressortent silencieux, muets, comme sidérés par leur propre audace qui les a conduits là ou jamais ils n’auraient imaginé aller un jour.
Brutalement les conversations, les exclamations, les rires reprennent avec le soulagement d’en être sortis sans dommage. Certains même en redemandent et la visite de la grande glacière où l’on descend ensuite pourtant agrippés à une corde ne semble plus qu’une gentille promenade. Pourtant….
Alors bravo à tous et on vous le promet la prochaine fois on descend encore plus profond et on sort par la Tanne au cochon !



