Nous partons à sept pour un tour du Roignais inédit, qui n’existe dans aucun topo !
Au départ du hameau des Échines Dessus, nous remontons un long vallon. Avec la chaleur des derniers jours, de nombreuses coulées de fond ont déjà eu lieu et mis la terre à nue. Nous abordons un premier raidillon, et c’est l’occasion d’approfondir sa technique de conversions. La plupart d’entre nous pratiquons le ski de rando depuis peu mais tout le monde est motivé. Nous débouchons sur le plateau des lacs et déjeunons sur un ruisseau, dans l’abri creusé par le vent. Le temps se gâte, la météo annonce de la pluie pour dix-huit heures. Le brouillard s’amuse à nous cacher le col de la Nova, perché à 2 800 mètres, et par lequel nous basculons dans le vallon qui nous mènera au refuge de la Balme. Je m’arrange pour ne pas faire de conversion en même temps qu’une rafale balaye la montagne, histoire de ne pas être déstabilisée. Les premiers mètres de descente se font à tâtons, Gabriel en tête. Puis le brouillard se lève et nous nous élançons dans la pente devenue plus douce. La neige est dure mais elle accroche bien. Plus bas, une belle transfo nous attend sur plusieurs centaines de metres.
Nous arrivons au refuge vers quinze heures, en même temps que les premières gouttes de pluie en avance sur le timing. À l’intérieur, il fait bon, car une skieuse et un skieur ont déjà allumé le poêle. Les courageux.ses dans notre équipe entreprennent un bain froid dans la rivière. Les autres se préparent une soupe chaude en guise de goûter.
Le lendemain matin, nous repartons vers sept heures et demie, un peu en retard, tandis que la lune encore pleine se couche derrière les sommets. Nous découvrons la Pierra Menta, qui a l’air de veiller sur le refuge et qui, hier, était dissimulée par les nuages. Nous commençons par une descente dans de la neige bien dure, puis entamons la première montée de la journée. Gabriel impose un rythme rapide, car il fait froid et plus ça grimpe, plus il va vite. Mais la fatigue de la longue journée de la veille (environ 1 700m de dénivelée positive) se fait sentir et le groupe ralentit. Bientôt, nous atteignons les crêtes ensoleillées qui nous offrent une vue sur la vallée de Bourg Saint Maurice et les massifs alentours : Vanoise, Maurienne, Lauzière. Nous grimpons encore un peu pour atteindre le sommet du Petit Chatelet. L’attaque de la descente se fait par une petite pente un peu raide, en dérapages contrôlés pour celles et ceux qui ne maîtrisent pas encore les virages sautés. Puis on se fait plaisir dans la descente, avant de pique-niquer au soleil. Ma montre affiche 22°c… Je pose mon sac de vêtements secs sur la neige, il glisse et roule jusque dans le ruisseau. Erreur de débutante. Me voilà bonne pour une cinquantaine de mètres à faire en plus !
Nous repartons, ralentis par la chaleur étrange, pour la dernière montée de la journée, jusqu’à un col sans nom qui permet de basculer sur le plateau des lacs et le col de la Forclaz. Les collines enneigées se détachent en bleu foncé sur le ciel plus clair. On dirait un tableau.
Arrivés au Fort de la Platte sur la descente finale, la neige commence à être vraiment lourde ou légèrement croûtée selon l’orientation. Dans mon for intérieur, je commence à râler, mais finalement le moment de neige difficile à skier passe vite. Nous skions jusqu’aux derniers centimètres carrés de neige, avant de déchausser pour parcourir les derniers cent mètres jusqu’au hameau des Échines Dessus. Une bière ou un chocolat chaud pour fêter ça avec les derniers rayons de soleil dans la vallée et nous nous disons au revoir, heureux d’avoir partagé ces moments d’effort, d’apprentissage, de rire et d’émerveillement devant la montagne (encore un peu) enneigée.









