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5 jours dans les écrins : Un raid à ski extraordinaire !

Compte rendu sorties

5 jours dans les écrins : Un raid à ski extraordinaire !

Vendredi 4 avril, nous nous retrouvons toutes les six au parking des Claux. Je dis toutes les six, parce que le féminin l’emporte dans cette équipe composée de cinq filles et d’un gars(briel). C’est parti pour un raid de cinq jours dans les Écrins. Les sacs sont lestés du minimum vital et c’est déjà bien lourd. Nous marchons jusqu’au camping d’Ailefroide. Là, nous confions nos baskets et un trousseau de clés aux pinsons des arbres, avant de chausser les skis pour monter sous le soleil jusqu’au refuge du Sélé. Deux hommes taciturnes arrivent en même temps que nous. Nous faisons sécher nos affaires sur la rambarde en bois qui domine le vide, puis allons chercher de l’eau à une centaine de mètres de là, guidées par le bruit de l’eau qui s’écoule librement, libérée par les glaces. Le printemps, c’est quand même pratique pour les raids à ski !

Samedi, réveil aux aurores pour monter sur notre premier glacier du raid, celui du Sélé. Pas de crevasses en vue, même si sur la carte elles sont bien là. Nous nous encordons et atteignons le col du Sélé, deuxième crux du séjour après les barres de l’ouro. De notre côté, c’est pente douce, de l’autre, c’est roche et pente raide, avec une vue époustouflante sur les Bans. À la suite de Gabriel qui m’assure depuis le versant ouest, je me hisse sur l’arête puis progresse dans la neige, chaussée de mes crampons. Une très courte traversée dos à la pente m’effraie un peu, puis nous nous retrouvons à descendre un petit couloir en rappel et enfin une pente de neige où l’encordement ne sert plus à rien. Voilà une bonne mise en jambe. Les passages raides, avec corde ou sans, avec crampons et un piolet ou deux, seront au menu de chacune de nos journées. Descente dans la neige décaillée puis baignade éclair dans le Vénéon et pause pique-nique avant d’entamer une remontée que tout le monde redoute. Le versant sud est bien déneigé et nous déchaussons rapidement. L’odeur des aiguilles de pin est enivrante après la neige inodore. Le sac s’alourdit tellement avec les skis sur le dos ! Je ne cesse de nous trouver courageuses. Mais est-ce bien du courage quand autour de nous la montagne étale sa beauté stupéfiante et nous apaise de son silence et de sa blancheur ? Ici, peu de pensées parasites, pas de publicité, pas de pollution sonore, et seulement nos propres limites à respecter pour ne pas s’épuiser avant la fin de cette expédition.

Au refuge de Temple-Écrins, il reste encore un peu de soleil pour faire sécher nos affaires, mais il sera bientôt noyé par les nuages qui bourgeonnent au-dessus des sommets. Certaines d’entre nous pellettent pour ouvrir la porte du refuge enseveli sous la neige, tandis que d’autres récupèrent l’eau qui goutte du toit et qu’une dernière prend un bain de soleil (...). À l’intérieur, c’est sombre car les fenêtres sont bloquées par la neige. Nous dînons en vitesse puis allons nous coucher sous les couvertures, de trois à six en fonction de la frilosité nocturne.

Dimanche, nous partons dans la nuit, éclairant de nos lampes de petits cercles devant nos skis bruyants sur la neige gelée. Peu à peu, les sommets s’éclairent. J’aime tellement partir de nuit et contempler le lever du jour. Hier soir, nous avons voté en faveur de la Brèche Lory, qui nous effraie autant qu’elle nous excite. Chacune était prête à y renoncer si l’une d’entre nous ne se sentait pas d’y aller et préférait rester sur le plan A — le col de la Temple. Et je crois que c’est cette souplesse qui nous a permis de partir en confiance, confiante en soi-même et en les autres pour cette traversée annoncée « expo 4 ». Comme le soleil n’est pas encore parvenu jusqu’à la Brèche, nous patientons une petite heure, parlons de baleines et de voyage avec en face de nous les Rouies. J’en profite même pour faire une sieste, me sentant ce matin un peu fatiguée. Puis c’est reparti, skis sur le sac, piolets à la main et Gabriel devant moi qui taille des marches jusqu’à un premier relais au sommet d’une crête bordée par un à-pic. Là, c’est la traversée exposée. Je l’assure depuis le relais. Il arrive en bout de corde et nous décidons d’abouter une deuxième corde à la première pour progresser toutes ensemble au fur et à mesure que Gabriel pose les points d’ancrage — friends ou becquets, et qu’Aurélie les récupère en bout de corde. Ce n’est peut-être pas la manière la plus rapide de progresser mais c’est un bon exercice de patience et d’ajustement, d’être encordées à six. Nous parvenons au sommet de la Brèche, je suis heureuse, tout s’est bien passé et c’était sans doute le passage le plus engagé que j’aie jamais fait. Il nous reste maintenant cinquante mètres de dénivelée pour atteindre le dôme de neige de la Barre, à 4 015 mètres. J’ai le souffle court et cette traversée dans une neige froide me semble plus fatigante que la montée précédente. Là-haut, la Barre se déploie devant nos yeux, à côté des Ailefroides, de la Grande Ruine et de la Meije en face, de tant de sommets mythiques que je ne connaissais pas trois ans auparavant et que je découvre aujourd’hui pour certains. Un chocard joue dans le vent juste au-dessus de nos têtes, c’est peut-être le même qui semblait veiller sur notre ascension dans la Brèche.

Descente rapide entre les extraordinaires murs de glace bleutée du glacier blanc. J’aimerais pouvoir m’arrêter pour les contempler, mais les séracs ne connaissent pas d’horaire et s’écroulent au hasard du jour ou de la nuit. Le glacier s’ouvre devant nous, tout plat et désert. Nous glissons dans la neige lourde de l’après-midi jusqu’au refuge du Glacier Blanc.

Retrouver d’autres humains nous déstabilise un moment, il faut trouver de la place pour faire sécher nos affaires, parler aux gens, répondre aux questions et tenter d’ignorer les quatre Suisses-Allemands très bruyants. Il est déjà tard, délice d’une bière, grignotage du pique-nique en guise d’apéro, puis repas à 18h30. Je m’étais promis de ne pas trop me remplir le ventre, mais c’est raté. Brossage de dents devant le Pelvoux qui s’assombrit de bleu. Nuit dans le sauna du dortoir.

Lundi, c’est notre journée « repos ». Nous remontons le glacier blanc puis tournons à droite. Ici, tout est tracé, il n’y a qu’à suivre. Le col Émile Pic est tout proche. Un groupe est en train de le franchir. Nous gravissons le couloir sans encombre. Gabriel pose une corde pour franchir le petit ressaut en rocher. La routine, quoi. Au col, le vent nous glace. La neige est trafolée ou gelée dans la descente, si bien qu’après avoir passé les séracs du glacier des Agneaux, nous faisons une pause pique-nique en attendant que ça décaille. Descente sur une jolie moquette à poils courts (pardonnez les mots savants, mais maintenant que je fais partie de la famille des skieurs de rando, il me faut en adopter le vocabulaire). Nous chaussons une fois encore les crampons pour franchir une petite barre, et nous retrouver dans le vallon de la Romanche. Une nouvelle pause baignade au bord de la romanche avant d’entamer la petite remontée jusqu’au refuge de Villar d’Arène (que je déconseille aux végétariens).

Mardi, dernière journée, et pas des moindres. Au fur et à mesure des jours, mes appréhensions s’envolent les unes après les autres tandis que je réalise que j’ai bel et bien ma place au sein de cette équipe de « machines ». Une machine, dans le jargon, c’est quelqu’un de fort. Alors voilà, ce n’est peut-être pas le terme le plus poétique, mais c’est vrai, nous sommes fortes, malgré les doutes, la fatigue qui va et vient, les règles, le poids du sac, les frayeurs et les pieds qui commencent à se lasser des chaussures de ski.

Nous partons à la frontale et à toute vitesse pour arriver les premières au pied de la brèche de la Plate des Agneaux. Il y a au moins deux groupes derrière nous et nous n’avons pas envie d’attendre pour passer cette pente exposée aux chutes de pierres. Le soleil se lève juste après le col d’Arsine, tandis que nous bifurquons en direction du Pic de Neige Cordier. Rebelote, skis sur le dos, piolets en mains et crampons aux pieds. Qu’est-ce qu’il est long, ce couloir ! J’ai le souffle court et les mollets qui brûlent, mais je finis par arriver sur cette langue glaciaire qui monte doucement jusqu’au pied du Pic de Neige Cordier. Là, nous laissons nos skis pour un aller-retour jusqu’au sommet étroit et aérien. Vous vous lasserez si je vous dis qu’une fois encore, la vue et la lumière sont époustouflantes. Ensuite, tout s’enchaîne, nous reprenons nos skis, sauvons un skieur de l’étouffement au col Émile Pic, descendons la brèche grâce à une première corde posée sur un champignon de neige, qui nous donne accès au relais sur cordelette. Nous glissons sur le glacier blanc désormais familier, dépassons le refuge, attaquons la descente sur Madame Carle, faisons un dernier rappel pour franchir une mini barre, histoire de ne pas perdre la main, et à partir du gîte de Madame Carle, nous commençons le ski de fond. Un pinson des arbres nous salue de son chant, les chatons des saules font de petites tâches jaunes dans le paysage et, à Ailefroide, les premiers cônes roses des mélèzes font leur apparition. Aurélie et Gabriel descendent en stop récupérer les deux voitures à la barrière, car la route a ouvert quelques heures après notre départ, et remontent nous chercher.

Nous fêtons ce raid magnifique et très réussi autour d’un jus de fruits, avant de rejoindre la vallée et le printemps bien avancé.

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