Partis à 4 d'Orcières, nous passons le premier col et entrons dans les vallées les moins fréquentées du massif. Plus une trace, neige vierge. Second col, passage au Pré de la Chaumette, vue imprenable sur le Sirac, remontée des troisième et quatrième cols, et enfin le cinquième, sous un vent glacial : mes skis fatigués ne tiennent pas la neige glacée, je me retrouve coincé tandis que les autres sont passés sans problème, et c'est avec l'aide bienveillante de Nico que j'arrive à m'en sortir. Il est peut-être temps de changer de skis ? Nous arrivons tard au refuge, déjà visité de nombreuses fois au vue de la coloration des proches alentours. L'hygiène n'est d'ailleurs pas le point fort des visiteurs des refuges non gardés. Comme dit la doctoresse du groupe, on développe notre immunité… Vallonpierre est très accueillant : gaz et bois, 2 chambres et aucun occupant. Nous avalons nos rations et nous couchons rapidement.
Une journée « repos » nous attend le deuxième jour, avec un simple aller au Pigeonnier après une belle descente presque transfo ou bien bon grip, traversée d'équilibriste du Drac Blanc sur un arbre, remontée de la route, passage au monumental chalet-refuge du Gioberney, et ascension sans encombre jusqu'au refuge, où sont installés 2 moniteurs ESF d'Orcière. Nous sommes ensuite rejoints par un duo de skieurs auvergno-bourguignolesques, puis une petite famille bien affûtée, tous visant les Rouies. Le refuge est grand et confortable, dommage que la porte des toilettes-sèches (fort appréciées par ailleurs) donne également sur les chambres. J'en garderai une belle odeur. Lectures repas, discussions, puis re-repas.
Nous partons au petit matin du troisième jour pour une ascension du plateau glaciaire des Rouies, qui nous accueille par un vent glacial. Finition en crampons de la pointe sommitale. La vue y est époustouflante sur l'ensemble du massif, mais aussi le Dévoluy non loin. Nous ne tardons pas et filons sur le glacier du Chardon. Longue descente vers le Carrelet, je coupe sous l'envers du Cheret, puis pars effectuer la remontée au refuge de la Temple, après avoir avalé quelques graines. Plus de neige que l'an passé permet de garder les skis quasiment sur toute la montée. L'arrivée au refuge est surprenante : il dépasse à peine de la neige. Il faut ramper pour passer par la lucarne du haut de la porte et entrer. Je profite de mon avance pour élargir l'entrée, jeter au loin la neige souillée, placer des récipients sous les gouttes-à-gouttes du toit, et dégager une mini-plateforme pour se poser. Nico complétera le travail pour aménager un salon – observatoire avec vue magnifique sur les Bans, les Rouies, pointes du Vallon des Étages, Grande Aiguille de la Bérarde, et la face sud de la Barre. Un couple de gypaètes virevolte non loin, j'ai même l'impression d'entendre le bruit de leurs ailes ! Le soleil ayant disparu, nous nous rapatrions à l'intérieur. Sans lumière ni gaz ni poêle, le repas n'en est que plus rapide.
Partis crampons aux pieds pour cette quatrième journée après une nuit beaucoup moins fraîche que l'an passé, nous nous interrogeons sur la qualité de neige qui nous attend pour ce passage très exposé : dure et gelé, pourrie et non portante, croûte cassante ? Ce sera un peu de tout. Avec une grande prudence nous rejoignons le sentier estival et remontons le vallon avant de chausser les skis. Le col de la Temple nous embrasse de soleil matinal, réchauffant un poil trop au vue de la descente qui nous attend. La recherche de l'itinéraire n'est pas évident, malgré les topos, les cairns et la trace sur la carte, tout ne correspondant pas. Je pars dans un premier couloir, puis un autre, marqué de quelques traces et cairns, et correspondant aux souvenirs estivaux de Nico & M. Assez pentu et pas complètement enneigé, plutôt expo, je décide de s'encorder. Neige pourrie et complètement chauffée, très peu portante, la descente n'est pas si aisée que ça. Nous ne le saurons qu'en bas mais la moitié du couloir était skiable. Nous chaussons les skis pour deux virages finaux et arrivons sur le glacier noir, sous le regard goguenard du glacier suspendu… Nous apercevons deux skieurs remonter à vive allure en cette heure déjà avancée : partis de Monêtier, ils visent rien de moins que le refuge de la Temple. Nous nous arrêtons pour manger un peu et sécher beaucoup et rejoignons la foule avec au refuge du Glacier Blanc. Rendez-vous est pris pour un lever aux horaires touristiques, avec loge aux étages et réveils intempestifs de skieurs confondant doudous et ferraille d'alpiniste.
Pour le dernier jour, nous visons une courte remontée au col de Monêtier : très peu de monde, nous arrivons rapidement au col, bien tracé, mais également exposé. Il ne faut pas avoir de trop grands skis pour ne pas racler la paroi. Ce nouveau passage Ouest – Est nous offre une vue sur les Cerces, l'Italie et le Queyras. Nous saluons les Écrins et descendons le vallon du Grand Tabuc. Arrivée en plein cagnard, nous séchons nos affaires et nous dirigeons vers une auberge nous ravitailler et attendre nos bus respectifs : Grenoble pour les uns, Briançon puis Gap pour moi.












